« Je ne sais plus ce que je veux. » « J'ai toujours fait ce que les autres attendaient de moi. » « Je sais ce que je devrais vouloir, mais au fond, je ne suis pas heureux. » « J'ai obtenu ce que je désirais, mais cela ne me satisfait pas vraiment. » « Je fais tout pour les autres et je ne sais plus ce que je désire pour moi. »
Le désir et le plaisir
Le désir est souvent associé au plaisir : nous imaginons qu'obtenir ce que nous désirons nous permettra de nous sentir mieux. Parfois, c'est effectivement le cas ; mais il arrive aussi que nous obtenions ce que nous voulions et que le plaisir attendu ne soit pas au rendez-vous. Nous pouvons alors nous demander : « Est-ce vraiment cela que je désirais ? »
Le désir n'est donc pas toujours aussi simple qu'un besoin que l'on pourrait satisfaire. Il peut évoluer, se déplacer, se transformer ; il peut aussi être influencé par notre histoire, nos relations, notre environnement et l'image que nous avons de nous-mêmes.
Pourquoi est-il parfois si difficile de savoir ce que l'on désire ?
Nous pouvons avoir une idée très claire de ce que nous voulons : changer de travail, rencontrer quelqu'un, avoir un enfant, réussir, déménager, être reconnu… Pourtant, derrière ce désir conscient, d'autres questions peuvent se poser : pourquoi est-ce si important pour moi ? Qu'est-ce que j'attends réellement de cette réussite ? Est-ce que je le fais pour moi, ou pour répondre à ce que l'on attend de moi ? Que se passerait-il si je n'obtenais pas ce que je désire ?
Ces questions ne signifient pas que notre désir serait faux, ni qu'il faudrait systématiquement chercher une signification cachée derrière chacun de nos choix : elles permettent simplement de prendre le temps de comprendre ce qui nous engage dans ce désir. Car parfois, nous découvrons que nous poursuivons un objectif depuis longtemps, sans plus savoir pourquoi.
Désirer pour soi ou pour être reconnu ?
Il arrive que notre désir soit fortement lié au regard des autres : nous voulons réussir pour être reconnu, être aimé pour nous sentir important ; nous choisissons une profession parce qu'elle est valorisée par notre entourage, ou nous cherchons à correspondre à une certaine image de la réussite. Nous pouvons même finir par confondre ce que nous désirons avec ce que nous pensons devoir désirer. Cela peut être difficile à percevoir, notamment lorsque nous avons appris très tôt à nous adapter aux attentes de notre entourage : faire plaisir, répondre aux attentes, éviter de décevoir peuvent alors prendre beaucoup de place.
La question n'est pas de savoir s'il faut ou non tenir compte des autres — nous vivons avec les autres, et leur désir compte nécessairement pour nous. Mais il peut devenir important de pouvoir également se demander : « Et moi, qu'est-ce que je désire ? »
Le désir de l'autre
Le désir de l'autre peut prendre une place considérable dans notre vie : nous pouvons chercher à rendre notre partenaire heureux, à satisfaire nos parents, à répondre aux attentes de nos enfants, à être à la hauteur de nos amis ou de nos collègues. Cette attention aux autres peut être précieuse ; elle devient cependant source de souffrance lorsque nous finissons par ne plus savoir ce que nous voulons nous-mêmes.
Certaines personnes ont ainsi l'impression de vivre principalement à travers les attentes des autres. Elles disent : « Je fais toujours passer les autres avant moi. » « J'ai peur de décevoir. » « Je ne sais pas dire non. » « Je ne sais même plus ce que j'aime. » Dans ces situations, le problème n'est pas nécessairement d'être trop généreux ou trop attentif : il peut s'agir de comprendre pourquoi le désir de l'autre prend autant de place, et pourquoi il devient si difficile de faire une place à son propre désir.
Quand le désir devient un projet de vie
À certains moments de notre existence, un désir peut devenir un véritable projet : choisir un métier, construire une famille, créer une entreprise, devenir artiste, voyager, réussir dans un domaine particulier — ces projets peuvent donner une direction à notre vie, nous aider à avancer et à donner du sens à ce que nous faisons. Mais un projet peut aussi finir par prendre toute la place : nous pouvons tellement investir un objectif que nous ne voyons plus ce qui se passe autour de nous. « Il faut que je réussisse. » « Je dois absolument y arriver. » « Je ne peux pas abandonner maintenant. » Le désir devient alors parfois une obligation.
Et lorsque l'objectif est atteint, une nouvelle question peut apparaître : « Maintenant que j'ai réussi, qu'est-ce que je désire ? » Il arrive que le vide apparaisse précisément au moment où le but est atteint. Cela peut être déstabilisant, mais ce vide peut aussi ouvrir un espace pour découvrir d'autres désirs.
Le désir et la frustration
Nous ne pouvons pas tout obtenir. Cette évidence peut sembler simple, mais elle n'est pas toujours facile à accepter. Dès l'enfance, nous faisons l'expérience de la frustration : nous découvrons que nous ne pouvons pas toujours avoir ce que nous voulons, au moment où nous le voulons. Nous rencontrons les limites des autres, les limites de la réalité et nos propres limites. Cette expérience peut être douloureuse, mais elle permet aussi progressivement de différencier désirer et posséder, espérer et obtenir.
À l'âge adulte, une frustration peut parfois provoquer une réaction très intense : nous pouvons nous sentir rejeté, humilié, abandonné ou profondément injustement traité, alors que la situation présente semble relativement banale. Cela peut inviter à se demander ce que cette frustration représente pour nous : pourquoi ce refus me fait-il autant souffrir ? Pourquoi ai-je autant besoin que cette personne accepte ? Pourquoi est-ce si difficile pour moi de renoncer à ce que je voulais ? La frustration n'est donc pas seulement l'absence de satisfaction : elle peut révéler quelque chose de notre rapport au désir.
Quand obtenir ne suffit plus
Nous vivons dans une société qui nous encourage beaucoup à obtenir : acheter, réussir, séduire, progresser, posséder, changer, améliorer. Nous pouvons facilement penser que notre malaise disparaîtra lorsque nous aurons enfin obtenu ce que nous cherchons ; mais certaines satisfactions sont de courte durée, et une fois l'objet obtenu, le désir peut se déplacer vers autre chose. Ce fonctionnement n'est pas nécessairement pathologique : le désir participe aussi à notre élan vital, il nous pousse à rencontrer, créer, apprendre, construire et découvrir.
Mais lorsque nous cherchons constamment à remplir un manque par un nouvel objet, une nouvelle relation ou une nouvelle réussite, nous pouvons finir par nous épuiser. La question peut alors devenir : « Qu'est-ce que je cherche réellement à travers ce que je désire ? »
Peut-on désirer sans dépendre du désir des autres ?
Le désir n'existe jamais complètement en dehors des relations : nous sommes des êtres sociaux, et le regard, l'amour, la reconnaissance et le désir des autres comptent pour nous. Le problème apparaît lorsque nous ne pouvons plus désirer sans être certain d'être approuvé : nous pouvons alors attendre que l'autre nous dise ce que nous devons vouloir, ou bien chercher à être désiré pour avoir le sentiment d'exister.
Dans une relation amoureuse, par exemple, le désir d'être aimé peut progressivement devenir un besoin permanent d'être rassuré : « Est-ce que tu m'aimes toujours ? » « Est-ce que tu me désires encore ? » « Est-ce que je compte vraiment pour toi ? » La relation peut alors devenir entièrement organisée autour de la réponse de l'autre. Comprendre cette dynamique ne signifie pas qu'il faudrait devenir indépendant de tout le monde : il s'agit plutôt de pouvoir être en relation avec l'autre, sans perdre complètement le contact avec son propre désir.
Que peut apporter une psychothérapie analytique ?
Une psychothérapie analytique ne cherche pas à vous dire ce que vous devez désirer, et ne consiste pas non plus à découvrir une fois pour toutes « le vrai désir » qui se cacherait derrière tous les autres. Elle permet plutôt de prendre le temps d'écouter ce qui se dit dans vos choix, vos hésitations, vos répétitions, vos relations et parfois vos contradictions.
Vous pouvez venir en consultation avec une question très concrète : « Pourquoi est-ce que je reste dans cette relation ? » « Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à choisir ? » « Pourquoi est-ce que je fais toujours passer les autres avant moi ? » « Pourquoi est-ce que je ne suis jamais satisfait de ce que j'obtiens ? » « Pourquoi est-ce que je ne sais plus ce que je veux ? » Le travail analytique consiste à laisser ces questions trouver progressivement leur chemin. Parler permet parfois de découvrir que certaines décisions sont prises depuis longtemps pour répondre à des attentes qui ne sont plus réellement les nôtres ; d'autres fois, nous découvrons que ce que nous pensions vouloir ne correspondait pas tout à fait à ce qui nous animait. Et parfois, nous comprenons simplement mieux pourquoi certains désirs prennent autant de place.
Retrouver son propre désir
Comprendre son désir ne signifie pas satisfaire toutes ses envies, ni vivre uniquement pour soi ou ne plus tenir compte des autres. Il s'agit plutôt de pouvoir reconnaître ce qui vient de soi, ce qui vient des autres, ce qui relève d'un besoin, d'une attente, d'une peur ou d'un véritable élan. Cette distinction peut progressivement donner davantage de liberté : nous pouvons alors faire des choix qui ne sont pas uniquement dictés par la peur de décevoir, le besoin d'être reconnu ou l'attente d'une satisfaction immédiate. Le désir peut retrouver une place plus vivante : il peut redevenir une possibilité d'aller vers quelque chose, plutôt qu'une obligation d'obtenir quelque chose.
Le désir, une ouverture vers soi et vers les autres
Le désir fait partie de notre existence : il nous pousse vers les autres, vers nos projets, vers ce que nous imaginons pour notre avenir. Il peut nous rendre heureux, mais aussi nous frustrer, nous décevoir ou nous mettre en difficulté. Il n'est pas toujours facile à comprendre, et peut-être n'avons-nous pas besoin de tout comprendre immédiatement : ce qui peut être important, c'est de pouvoir commencer à l'écouter.
Qu'est-ce que je désire réellement ? Qu'est-ce que je fais pour moi, et qu'est-ce que je fais pour être aimé, reconnu ou accepté ? Qu'est-ce que j'attends de l'autre ? Et qu'est-ce que je pourrais désirer si je n'avais plus à répondre aux attentes de tout le monde ?
Une psychothérapie peut offrir un espace pour explorer ces questions, sans avoir à trouver immédiatement les bonnes réponses. Car mieux comprendre son désir, ce n'est pas forcément savoir exactement ce que l'on veut : c'est parfois simplement retrouver la possibilité de désirer pour soi, tout en restant en relation avec les autres.