« Peur d'être lésé-e » : ce que cette peur raconte
Avoir peur d'être volé-e, ce n'est pas toujours une question de portefeuille ou d'objets. Souvent, c'est la crainte de perdre quelque chose de plus important à nos yeux : sa place, son énergie, son temps, l'amour ou la reconnaissance qu'on nous porte. La peur, l'angoisse d'être dépossédé-e de ce qui nous revient, nous appartient. Qu'est-ce que cette peur, cette angoisse, dit de nous dans notre histoire ?
L'angoisse de perte de l'objet
Quand on craint qu'on nous vous vole, ou d'être lésé-e, ce qui est menacé n'est souvent pas matériel : c'est une part de nous-même que nous sentons en danger, comme si l'autre pouvait s'emparer de ce qui fait notre valeur ou notre identité. Freud a montré que nous souffrons moins de manquer de quelque chose que de craindre de perdre ce qui nous est cher. On appelle cela l'angoisse de perte de l'objet : l'objet, ici, c'est tout ce à quoi nous tenons : une personne, un amour, une place, un sentiment d'exister, ce qui nous est dû.
Cette peur vient souvent de l'enfance
La crainte d'être dépouillé-e, remplacé-e, moins aimé-e qu'avant, trouve fréquemment son origine très tôt. La naissance d'un frère ou d'une sœur par exemple, un parent absorbé par le nouveau venu, un objet transmis à un autre, une remarque qui fait sentir « moins valorisé qu'avant » : ces expériences de dépossession vécue dans l'enfance laissent une trace. L'enfant qui a ressenti avoir perdu sa place ou l'amour exclusif de ses parents peut, une fois adulte, rester en alerte — prêt à voir dans chaque relation un « voleur » potentiel. Ce n'est pas de la paranoïa : c'est la mémoire refoulée dans notre inconscient qui se réactive dès qu'une situation ressemble, même de loin, à l'ancienne blessure.
Voir chez l'autre ce que l'on redoute en soi
Il peut nous arriver dans ce cas d'avoir tendance à attribuer aux autres nos propres angoisses : c'est ce qu'on appelle de la projection, qui est un mécanisme de défense inconscient du moi, de notre personnalité. Celui qui craint d'être volé peut percevoir chez l'autre une intention de prendre (un regard, une remarque, une proximité) alors que rien ne le justifie objectivement. Nous croyons que l'autre nous convoite, parce que nous-mêmes avons peur de perdre. La méfiance dit alors souvent plus de notre propre blessure que de la réalité de l'autre.
Pourquoi cette peur revient sans cesse
Sans le vouloir, c'est-à-dire inconsciemment, nous recréons des situations qui confirment nos croyances anciennes pour vérifier si nous avons bien raison de croire à ce que nous ressentons : c'est une répétition inconsciente. Celui qui a peur qu'on le vole peut inconsciemment choisir des contextes où il se sent exploité, surveillé, méfiant — non pas parce qu'il aime souffrir, mais parce que c'est familier : aller vers l'inconnu est parfois plus difficile que de rester dans ce qu'on connaît, notre cadre des représentations inconscientes. Identifier ce cadre de nos représentations, ce n'est plus « on va me voler », mais « voici une vieille peur de mon psychisme qui se rejoue ».
Ce que le travail analytique propose
En psychothérapie analytique, l'objectif n'est pas de vous rassurer inutilement en vous disant : « rassurez-vous, personne ne vous volera ». Il est de mettre des mots sur cette angoisse, sur cette peur, de comprendre d'où elle vient dans votre histoire, et comment elle se manifeste aujourd'hui. Parler, être entendu sans jugement, permet progressivement de distinguer le réel de la projection, et de se sentir moins menacé dans ce que l'on a de plus précieux. Petit à petit, on apprend à ne plus vivre chaque relation sous le signe du vol.
À retenir : avoir peur qu'on nous vole, c'est souvent craindre de perdre une part de nous-même — et cette peur naît presque toujours d'une dépossession vécue dans l'enfance. En parler, dans un espace thérapeutique, est souvent le début du changement.
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