
I. En 1926, Freud souligne la distinction entre inhibition et symptôme et signale que « l’usage veut qu’on parle d’inhibition là où l’on se trouve en face d’un simple abaissement de la fonction, et de symptôme là où il est question d’une modification inhabituelle de celle-ci. » (P86) Il étaye son discours en se frayant un chemin au travers des différentes fonctions du Moi c’est-à-dire du sexuel, de l’alimentation, de la locomotion et du travail. Il conclut de ses observations que l’inhibition est une limitation de la fonction du Moi dont les causes sont distinctes les unes des autres mais en relation avec l’angoisse du sujet et dont l’idée est de limiter les conflits entre le Moi, le Surmoi et le Ça. Les symptômes émergeants sont l’angoisse et la contrainte que le sujet s’imposerait par un retrait de sa libido de l’objet pour ne pas entrer dans une relation conflictuelle avec les instances. En ce sens les inhibitions « sont des limitations des fonctions du Moi, ou bien par prudence, ou bien par suite d’un appauvrissement en énergie []. Le symptôme ne peut plus être décrit comme un processus intervenant dans le Moi ou sur le Moi. » (P91)
II. « Le symptôme serait le signe et le substitut d’une non-satisfaction de la pulsion, un succès du processus de refoulement. » (P93) Freud nous dit que ce serait sous la pression du Surmoi que le Moi refoulerait dans l’inconscient le projet de la satisfaction pulsionnelle du Ça et cela créerait un symptôme qui viendrait se substituer au projet du Ça refoulé. Le plaisir du Ça refoulé par le Moi se transformerait en déplaisir de l’objet extérieur qui vient susciter l’excitation pulsionnelle du Ça. Le Moi émet un signal de déplaisir (angoisse) et inhibe l’excitation pulsionnelle du Ça. Freud s’interroge quant à « l’énergie consommée pour produire le signal de déplaisir » (P95). A cela il répond « Le Moi ôte l’investissement (préconscient) de la délégation (contenu signifiant) de la pulsion qu’il s’agit de refouler, et l’utilise pour le dénouement du déplaisir (angoisse). » (P96). Le Moi serait le siège de l’angoisse qui serait « reproduite comme état d’affect d’après une image mnésique existante » (P96) tout en sachant que les états d’affect sont inscrits dans l’inconscient comme événements traumatiques et surgissent dans des situations analogues. Ainsi, nous dit Freud « Le symptôme est le fruit de la motion pulsionnelle lésée par le refoulement » mais dont le refoulement total aurait échoué pour qu’il puisse ressurgir. Le symptôme cache la réalité de la motion pulsionnelle refoulée et de son objet, il se substitue à cette réalité. « Lorsqu’il est mis en œuvre, aucune sensation de plaisir ne survient plus ; en revanche, cet accomplissement a pris le caractère de la contrainte » (P99)
III. Les instances de la deuxième topique sont interdépendantes. Même si le Moi est « la part organisée du Ça » il n’en demeure pas moins que « le processus devenu symptôme par le biais du refoulement affirme désormais son existence en dehors de l’organisation du Moi et indépendamment de celle-ci. » (P104) Le Moi de par sa nature organisée et recherchant l’équité entre principe de plaisir et principe de réalité va tenter d’intégrer le symptôme à son organisation et d’en tirer les bénéfices secondaires : « On charge ainsi, peu à peu, le symptôme de la défense d’intérêts importants, on lui attribue une valeur pour l’affirmation de soi, il se soude de plus en plus intimement au Moi et lui devient de plus en plus indispensable. » (P106) Dans certains cas de névrose, il apparaît que le symptôme, de par les bénéfices secondaires, devient un véritable point de fixation.
IV. Freud s’appuie sur Hans et le petit Russe de l’homme aux loups pour étudier le destin de la pulsion refoulée. Il dit tout d’abord que « l’angoisse incompréhensible qu’inspire l’idée du cheval est le symptôme, l’incapacité de sortir dans la rue est un phénomène d’inhibition, une restriction à laquelle le Moi se soumet pour ne pas éveiller le symptôme de l’angoisse » (P110) qui est le signal d’alarme. La phobie de Hans est la tentative de résolution d’un conflit œdipien empreint d’ambivalence entre haine et amour et que « La motion pulsionnelle qui a été victime du refoulement est une impulsion hostile dirigée contre le père. » (P112) qu’il rapproche de la pulsion meurtrière du complexe d’Œdipe. La phobie semble s’être substituée à la pulsion refoulée et c’est « le remplacement du père par le cheval qui en fait une névrose ». Le destin de la pulsion agressive refoulée pourrait être aussi celui de la formation réactionnelle, mais ici il s’agit d’une phobie par l’intervention du déplacement de la haine sur un animal, ce qui en fait une peur irrationnelle. De cette haine naît la peur « d’être mordu par un cheval ». L’idée émise par Freud est la dévoration par l’animal si souvent relatée dans les jeux et contes pour enfant, l’animal étant le substitut du père. Ce phantasme de dévoration par le père conduit Freud à expliquer le désir tendre de l’enfant vers le père connu également dans son texte « on bat un enfant » et rapproche cela d’une régression de type sadique-anale et orale : « un véritable abaissement régressif de la motion orientée vers le génital dans le Ça » (P117). Dans ces cas de phobie, un nouveau destin de la pulsion est alors évoqué : « On peut dire qu’elle est refoulée par le processus de transformation en son contraire ; au lieu de l’agression contre le père intervient l’agression - vengeance - du père contre la personne » (P118), en ce sens la motion tendre refoulée (parce qu’interdite) régresse et se transforme en sadisme. Freud nous indique que « le moteur du refoulement est l’angoisse de la castration ; les contenus de l’angoisse – être mordu par le cheval et être dévoré par le loup – sont un substitut de déformation pour le contenu consistant à être châtré par le père » (P122). Freud souligne que « c’est l’angoisse qui fait le refoulement et non le refoulement qui fait l’angoisse » (P122). Également, l’angoisse est proportionnelle à la force qui fait le refoulement de la motion et que « dans le refoulement, l’angoisse se forme sur la base de l’investissement libidinal des motions de pulsion. » (P124).
V. De ses recherches et réflexions Freud en vient à catégoriser les phobies et l’hystérie de conversion dans les névroses d’angoisse sans pour autant expliquer la formation de l’une et de l’autre, ni ce qui développe l’angoisse dans l’hystérie. Il constate les paralysies, les contractions, les hallucinations, les convulsions, les sensations de déplaisirs, les amnésies traumatiques. Il dit à ce propos « Nous ne pouvons deviner l’origine de l’opacité spécifique de la formation de symptôme dans l’hystérie de conversion, mais elle nous donne une raison de quitter rapidement ce domaine stérile. »
Freud examine la formation des symptômes dans le cadre de la névrose de contrainte. L’ambivalence entre sentiments contradictoires joue un rôle important dans la névrose de contrainte : « Le symptôme intervient en deux temps, c’est-à-dire qu’à l’action qui accomplit une prescription donnée succède immédiatement une seconde qui abolit ou l’annule, même si elle n’ose pas encore mettre en œuvre son contraire » (P130). Il y a ici une nouvelle fois un rapport avec « les défenses à l’égard des prétentions libidinales du complexe d’Œdipe » et on remarque une régression au sadique-anal. D’un point de vue temporel, la névrose de contrainte apparait après la période de latence. Les symptômes sont constitués d’une part de la lutte contre le refoulé et d’autre part de l’intervention importante du Moi et du Surmoi. Il faut remarquer que le Moi par le refoulement repousse les prétentions libidinales du Ça qui veulent investir l’objet. A ce stade phallique l’organisation génitale est trop faible, le Moi organise ses premières défenses secondaires, et les outils de protection connues et éprouvées se trouvent au sadique-anale, donc le sujet y régresse en cas de conflit psychique, et Freud nous dit « on voyait clairement qu’une dévalorisation réelle de la vie génitale jusqu’alors intact créait la condition de la régression » (P132).
A la période de latence, au dépassement du complexe d’Œdipe, il existe un abaissement de la libido et une emprise du Surmoi sur le Moi qui développe des « formations réactionnelles fondées sur l’attachement à la conscience morale, sur la compassion, sur la propreté » (P133). Selon Freud, l’enfant suspend son onanisme. Il y associe la formation réactionnelle qui serait opposée à la régression et au refoulement : « Le trait fondamental de cette affection est la régression de la libido et tenter de lui associer aussi le caractère du Surmoi. » (P135). Freud identifie le caractère du cérémonial qui serait induit par un Surmoi tyrannique qui viendrait interdire l’onanisme, et provoquerait la répétition des actes qui seraient induits par « la sublimation des composantes de l’érotisme anal » (P136). En d’autres termes le sujet est bloqué au stade phallique, régresse à son point de fixation sadique anal et sublime la libido anale sous le caractère tyrannique du Surmoi par la contrainte et y trouve satisfaction. Les symptômes prennent la forme de cérémoniaux que le sujet répète.
À la puberté, les motions libidinales et les pulsions agressives se réveillent. Il y a conflit entre le Ça et le Moi qui ne peut accepter les désirs inconscients contraints. Le Surmoi devient de plus en plus sévère vers le Ça et les pulsions sexuelles : « Ce qui se défend est devenu plus intolérant, ce contre quoi il faut se défendre plus insupportable ». L’affect est mis en réserve, c’est l’isolation. Le Moi s’est fermé aux impulsions du Ça et se soumet aux exigences du Surmoi, le Moi ressent une culpabilité inexplicable. Dans le conflit du Surmoi sur le Ça, le Moi tirera sa satisfaction de l’exécution des exigences contraires du Surmoi.
VI. Sachant que le Surmoi refreine les impulsions du Ça, le Moi est au contact du réel et l’intellectualisation comme mécanisme de défense apparaît comme l’outil surinvesti du refoulement. Deux autres mécanismes l’annulation rétroactive et l’isolation. La première est en deux temps, d’une part la prévention d’un événement, démarche rationnelle, et d’autre part l’annulation rétroactive, démarche irrationnelle, qui supprime magiquement « non pas les conséquences d’un événement, mais cet événement à proprement dit. » (P142). L’isolation, au contraire de l’amnésie hystérique, « l’événement n’est pas oublié mais il est privé de son affect et ses relations affectives sont réprimées ou interrompues, de telle sorte qu’il reste là comme isolé et n’est pas non plus reproduit dans le cadre de l’activité de pensée. » (P144). Notons que l’isolation « peut aussi être amplifiée par le biais de la motricité, dans une intention magique » (P144) (exemple Adrian Monk). Le Moi nous dit Freud entreprend un travail titanesque dans la névrose de contrainte « l’intégration de fantasmes inconscients, l’expression des courants ambivalents. Il ne peut se laisser aller, il se trouve en permanence prêt à combattre. » (P145). Il est une caractéristique importante qui est celle du « tabou du contact physique » et celle-ci révèle l’interdit de la satisfaction de ce qui a été interdit : l’onanisme vu plus haut à la période de latence. L’isolation est « un moyen d’ôter une chose à tout contact », l’affect est impossible et certainement pas au contact de l’autre.
Freud hypothèse que la destruction du complexe d’Œdipe est la seule porte de sortie pour l’hystérie, la névrose de contrainte, et la phobie. Pourtant la phobie est la seule qui révèle ouvertement l’angoisse. Quid des deux autres ?
VII. Freud revient vers la phobie animale et le complexe d’Œdipe. La défense inconsciente du Moi face aux revendications du Ça ne cesse de convoiter l’objet principal par ses pulsions tendres et/ou agressives. S’étayant de Hans et de l’homme aux loups, Freud en vient à s’interroger sur l’intrication des pulsions de tendresse tout comme de destruction qui peuvent être considérées comme libido puisque l’une comme l’autre peut être refoulée. Il revient au signal de l’angoisse qui avertit le Moi d’une possible castration et qui sur ce fait inhibe l’investissement sur l’objet principal pour le déployer sur un objet secondaire dont le signifié est inconscient au sujet. L’ambivalence entre amour et haine envers l’objet principal est déplacée sur l’objet secondaire. Freud souligne que le danger extérieur ne peut exister qui si le sentiment d’un danger interne existe. L’inhibition désignée par une conduite d’évitement, qui deviendrait à mon sens une contrainte à l’égard de l’objet secondaire, permet d’anticiper et cibler l’angoisse de castration sur un objet précis. En ce sens, nous dit Freud, « cette angoisse n’est qu’un signal d’affect et que rien n’a été changé à la situation économique. » (P153). Il nous parle de l’agoraphobie et de l’autophobie comme motion pulsionnelle refoulée par le Moi mais que le sujet semble pouvoir dépasser s’il y retrouve les repères sécurisants de l’enfance. Dans le cas contraire le signal d’alarme fait retentir l’angoisse de castration, l’interdit de ne pas être séparé.
Freud fait un corollaire entre phobie et névrose de contrainte dans le sens où la motion pulsionnelle a été refoulée sous la pression du Surmoi qui menace le Moi de castration. Lorsque la trace mnésique inconsciente du Moi agit dans le réel du sujet alors le Moi met en place une série de prescriptions et actes expiatoires afin de se défendre du danger qui est devenu par le Surmoi angoisse sociale et/ou angoisse de conscience indéterminées qui sont les symptômes. L’angoisse devient le signal d’alarme dans les cas de non-fonctionnement des prescriptions et actes expiatoires ou de situation danger. En ce sens Freud nous dit que « les symptômes sont créés pour éviter la situation de danger que signale le développement de l’angoisse. » (P157)De l’angoisse traumatique, il aborde l’angoisse de mort par le biais narcissique tout en sachant que l’investissement libidinal du moi est dans la même série que l’investissement d’objet et souligne la nature libidinale de la pulsion de conservation de soi. Les traces inscrites dans l’inconscient créant la névrose, il rappelle la « séparation quotidienne du contenu de l’intestin » et la séparation du sein maternel. Sachant que la séparation par la mort du sujet ne peut être relatée il fait l’hypothèse que l’angoisse de mort se rapproche de l’angoisse de castration à la fois transmise et protégée par le Surmoi. De ce fait l’angoisse est à la fois un affect qui déclenche un signal d’alarme à l’approche d’un danger (externe) mais aussi une réaction à une perte, à une séparation. Il s’interroge sur le traumatisme de la naissance à la fois pour l’enfant et pour la mère.
VIII. De l’essence de l’angoisse différenciée de la douleur du deuil, il identifie des réactions de décharge et des sensations physiques qui existent dans l’angoisse et de façon moindre dans le deuil outre la sensation de déplaisir qui est commune aux deux. Il rapproche cette identification de la reproduction du trauma de la naissance comme trace mnésique et inconsciente, tout en considérant la situation de l’impact biologique et comme fonction d’alerte d’un danger lié à cette situation. Les méconnaissances de la vie fœtale à cette époque ne permettent pas à Freud d’approfondir cette question si ce n’est que de signaler la perturbation importante dans l’économie de la libido narcissique du fœtus produisant des sensations de déplaisir agissant sur la réaction des organes.
De son étude sur le développement de l’angoisse chez le nourrisson et l’enfant, il note que les angoisses font parties de son développement psychique et signalent « le manque de la personne aimée (désirée) » (P169) Si celles-ci se poursuivent dans le temps, elles doivent être considérées comme indications d’un trouble névrotique. Évoquant la séparation du nourrisson d’avec la mère, si l’angoisse se déclare dans le manque de l’objet désiré alors l’angoisse de castration est relative au manque de l’objet tout autant désiré. Puisque le nourrisson est lié à la satisfaction de ses besoins alors la mère devient l’objet désiré qui satisfait le nourrisson qui en cas d’absence de celle-ci entrevoit le déplaisir de l’insatisfaction : « de l’augmentation de la tension née du besoin face à laquelle il est impuissant ». Freud propose que le cœur du danger soit le risque de ne pas pouvoir liquider la dimension d’excitation qui perturbe l’économie du bébé. Puisque l’objet désiré provient de l’extérieur « la perte » de celui-ci devient le danger, nous dit Freud, et l’enfant anticipe la situation en signalant l’absence du sein par le signal d’angoisse « avant même que la situation économique redoutée ne soit survenue » (P171). L’angoisse est le signal d’un danger imminent qui traduit par anticipation ou dans l’immédiateté le désarroi du nourrisson. À ce stade pour Freud il n’existe pas d’angoisse liée à la naissance mais plus celle liée au besoin psychique de la mère et biologique de la faim, qui répondent à la pulsion de conservation. La mutation de la perte de l’objet mère au pénis se fait avec celui de l’angoisse de castration. S’étayant sur les recherches de Ferenczi « La haute valeur narcissique attribuée au pénis peut se référer au fait que la détention de cet organe apporte la garantie d’une réunification avec la mère (le substitut de la mère) dans l’acte du coït. Se voir ravir ce membre est équivalent à une nouvelle séparation de la mère et revient donc quant à lui à être exposé sans défense à une tension de besoin qui est elle-même source de déplaisir (comme au temps qui suit la naissance). » (P173). Le coït ayant signification de régression et de retour dans le ventre de la mère nous dit Freud.
L’enfant se développe et « la dépersonnalisation de l’instance parentale par laquelle on redoutait d’être châtré, le danger devient de plus en plus indéterminé. L’angoisse de castration se développe pour devenir une angoisse de la conscience (morale), une angoisse sociale. » (P174). Il est à comprendre qu’il y a mutation du Surmoi. De son noyau étayé par l’introjection des figures parentales, il se développe sur des modèles sociaux vers « la séparation, exclusion de la horde. » et se meut vers un danger plus rude, l’angoisse de la mort de la perte de la vie.
Le surcroît de libido non déchargé engendre l’angoisse dont le Moi va tenter de freiner l’évolution par la formation de symptômes. Freud dit ne pas croire à l’antériorité des angoisses par contre « Le danger de désarroi psychique correspond au temps de vie caractérisé par l’immaturité du Moi, de la même manière que le danger de perte d’objet correspond à la dépendance des premières années de l’enfance, le danger de castration à la phase phallique, l’angoisse du Surmoi à la période de latence. » (P178) Pourtant il nous dit que les angoisses successives peuvent se juxtaposer dans le développement plus tardif. L’angoisse de castration est l’unique moteur des processus de défense menant à la névrose, nous dit Freud. Il distingue l’angoisse de la femme comme la perte d’amour de l’objet et non l’absence de l’objet ou sa perte réelle.
IX. Formations de symptôme et développement de l’angoisse. De la phobie et la névrose de contrainte, le symptôme apparaît comme un système défensif visant à atténuer l’angoisse du sujet pris sous la tension pulsionnelle et son besoin de décharge. De ce fait le danger s’interpose entre angoisse et symptôme et le développement de l’angoisse forme le symptôme et par conséquent « la formation du symptôme a donc pour véritable succès d’abolir la situation de danger. » (P183). Il apparaît que les dangers qui font ressentir la peur durant les périodes de développement de l’enfant sont successivement différents et correspondent à la capacité de l’appareil psychique de faire face aux excitations internes et externes, et disparaissent en leur temps. Les peurs qui correspondent à la phase phallique et plus précisément lors du processus de l’Œdipe disparaissent peu à peu pour conduire vers l’angoisse face au Surmoi qui transporte la conscience sociale et morale, et qui elle, est gardée. C’est parce que sont conservées les angoisses infantiles que naissent les névroses pour qui ces angoisses perdurent même si les sujets adultes sont capables d’adapter leurs excitations à leur environnement, « Il faut donc que des conditions d’angoisse soient abandonnées au cours de la maturation et que des situations de danger aient perdu leur signification » (P188). Les symptômes phobiques sous-tendent l’angoisse de castration qui n’est plus, ils se convertissent en menace de « la liberté pulsionnelle ». Au terme de ce chapitre Freud reste en question quant à l’origine ultime de la névrose.
X. Sur l’angoisse et le danger Freud n’est pas convaincu par Adler qui met en avant la cause de l’infériorité physique face au danger comme cause de l’angoisse du Sujet. Otto Rank, quant à lui, ouvre une piste qui attire la réflexion de Freud : le trauma de la naissance induirait une angoisse originaire variable dont la maîtrise dépendrait des capacités de l’individu en tant que sujet unique et différent. Néanmoins rien n’apparaît assez probant pour Freud pour qu’il puisse identifier l’origine ultime de la névrose. Il fait le point sur ses recherches : le refoulement est une fuite du Moi qui ampute son organisation d’une partie intolérable de lui-même et venant du Ça ; Les répétitions frayent le chemin des pulsions depuis un point de fixation qui contraint le Moi à répéter le refoulement. L’idée du processus de la fixation sur le refoulement maintient l’existence d’un danger archaïque qu’il s’agit de résoudre en apportant l’aide nécessaire au Moi pour que ce dernier se réapproprie la maîtrise du Ça.
De la névrose, Freud convient de trois origines : Biologique, phylogénétique et psychologique. Du biologique, Il souligne que les éléments extérieurs influencent le développement de l’enfant de façon prématurée et accroissent sa mise en danger et « la valeur de l’objet qui, seul, peut apporter une protection contre ces dangers et remplacer la vie intra-utérine, se voit immensément rehaussée. » (P199). Du point de vue phylogénétique, Freud constate que le développement sexuel de l’enfant s’interrompt brusquement à la période de latence pour reprendre à la période de la puberté dans lequel les germes de l’enfance restent inscrits et apparaissent comme des dangers pour le sujet « et, à ce titre, font l’objet d’une défense, de telle sorte que les motions sexuelles ultérieures de la puberté, qui devraient être cohérentes pour le Moi, courent le risque de s’être soumises à l’attraction des modèles infantiles et de les suivre dans le refoulement. » (P200). Du point de vue psychologique, le Moi fait face aux réalités externes et subites les poussées des motions pulsionnelles qui sont ressenties comme des dangers. Le Moi doit réprimer son organisation qui conduit à la formation de symptôme « comme substitut de la lésion qu’il produit sur la pulsion. » (P201). La répétition de ce processus a valeur de souffrance névrotique.